Flosse - Gomès, même tentation de la République Bananière ?

 La conférence de Calédonie Ensemble du 22 Juin 2016 à l’UNC a permis de faire tomber certains masques.

 

Au travers des présentations faites, comme le document ci-dessus, republié par le député sur page Facebook personnelle, on voit clairement se dessiner la stratégie :

 

Transférer  certaines compétences régaliennes comme la Justice ou le Crédit en faisant croire que cela n’entraînerait pas de conséquence sur la souveraineté. 

 

On lit ainsi ce qui suit dans les documents publiés par Philippe Gomès : « Il n’existe pas d’automaticité entre l’exercice des compétences régaliennes et le statut de pleine souveraineté ». 

 

 

 

Au travers de cette affirmation invraisemblable Calédonie Ensemble trompe évidemment les Calédoniens en jouant sur la confusion entre des choses qui n’ont rien à voir. 

 

Prenons la fiscalité : la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie ont toujours eu leur propre fiscalité, longtemps avant que n’existent des mouvements indépendantistes. En France métropolitaine, les collectivités ont des recettes fiscales qui leur sont propres. C’est le cas des communes comme des régions.  

 

Affirmer que la fiscalité n’est pas un monopole de l’Etat c’est enfoncer une porte ouverte. 

 

L’Etat n’a jamais eu le monopole de la fiscalité. La Fiscalité n’a jamais été une compétence régalienne pure. Là où commence la malhonnêteté intellectuelle de CE c’est de faire croire que du coup il peut en être de même avec la monnaie, en misant sur la confusion dans l’esprit du public. 

 

La monnaie, et le crédit, sont, tout au contraire, des marqueurs forts de la souveraineté. Il n’existe aucun pays au monde qui soit un Etat souverain sans une seule et même monnaie sur son territoire. 

 

Au contraire on voit même des états souverains associés, comme les Iles Cook, ou les Etats associés aux Etats-Unis (Fédération de Micronésie, Palau, Iles Marshall) avoir pour monnaie la monnaie du pays de tutelle : Dollar NZ ou Dollar US. 

 

Tous les Etats fédéraux ont quant à eux une monnaie unique. 

 

On ne peut donc qu’être interloqué par une affirmation aussi contraire à l’évidence et se demander quel but poursuit CE en ouvrant la porte à une sortie de la Nouvelle-Calédonie du cadre monétaire Français. 

 

Ce qui est d’autant plus incompréhensible, c’est que le fait que notre système bancaire et monétaire appartienne à l’ensemble Français est une protection vitale pour notre économie .

 

Le Franc CFP a une convertibilité fixe avec l’Euro, ce qui sécurise nos avoirs en banque. Si nous avions une monnaie propre elle serait soumise immédiatement au risque de dévaluation. Si demain nous sortons du cadre Français, notre monnaie pourra être dévaluée comme l’a été le franc CFA en 1994 (sa valeur a été divisée par deux et par surprise du jour au lendemain !) .

 

Nos banques parce qu’elles rentrent dans le cadre réglementaire bancaire Français sont reconnues comme solvables et peuvent donc lever des ressources à l’extérieur.

 

C’est essentiel parce que la Nouvelle-Calédonie a un déficit structurel de ressources pour financer la demande locale de crédits. C’est justement parce que nous avons une monnaie garantie par la France, et parce que nos banques sont dans le moule Français que nous pouvons lever les dizaines de milliards sans lesquels notre économie s’effondrerait. 

 

Au 31/12/2015 la collecte de la place était de 606,4 milliards de FCFP pour un encours de crédit à la clientèle de 726,7 milliards de FCFP.  Le déficit était donc de 120,3 Milliards de FCFP. Il était de 122,9 Milliards de FCFP au 31/12/2014 et de 109,9 milliards de FCFP au 31/12/2013.

Pour équilibrer leurs bilans et prêter aux Calédoniens les banques doivent aller chercher des ressources auprès de leurs maisons mères Françaises, sous forme de prêts longue durée ou de placements court terme.   

La BNC par exemple fait apparaître, dans son bilan de 2015, 215 Milliards d’opérations avec sa clientèle, mais n’a que 167 Milliards de collecte. Elle porte en conséquence 70 Milliards de dette externe à la Nouvelle-Calédonie  . 

La BCI elle porte 226 Milliards d’encours avec sa clientèle, qu’elle couvre avec 176 Milliards de dépôt. Elle couvre la différence avec 45 Milliards de dettes et surtout 30 Milliards venant de clients privés de la BRED en métropole sous forme de placements court terme, une ressource très volatile qui peut partir du jour au lendemain, mais qui reste parce que ces placements sont sécurisés par la parité CFP/Euro et par les règles bancaires françaises.

 

Les banques locales peuvent emprunter parce qu’elles font partie du système bancaire Français et bénéficient du capital confiance que leur offre le cadre réglementaire commun avec la métropole, et évidemment de la garantie de convertibilité entre CFP et Euros.   

Si cette compétence n’était plus régalienne, personne ne pourrait garantir demain la valeur de vos économies et personne ne pourrait garantir que nous pourrions demain continuer à refinancer nos banques et donc nos crédits pour nos maisons, nos voitures, nos entreprises.     

 

L’autre compétence régalienne que CE se dit aujourd’hui prêt à transférer c’est la Justice. 

 

En clair il s’agirait de transférer dans un premier temps les tribunaux de première instance.   

Cela pose un problème lui aussi très grave : si les tribunaux sont de compétence calédonienne, cela veut dire que ce sont des politiques calédoniens qui nommeront ou révoqueront les juges.   

Cela revient à détruire l’indépendance de la Justice vis-à-vis du pouvoir politique. 

C’est la porte ouverte à l’impunité de la corruption, à toutes les pressions.   

En fait là encore on joue sur la confusion entre le fait de voter des lois, le pouvoir législatif, que nous exerçons localement, et le fait de rendre la Justice, le pouvoir judiciaire.   

Dans toutes les vraies démocraties, il y a une séparation des pouvoirs. La Nouvelle-Calédonie n’est pas aujourd’hui en mesure d’assurer cette séparation des pouvoirs.  Si nous voulons conserver une justice indépendante, il est indispensable qu’elle reste une compétence régalienne de la France.

  

Il y a un parallèle évident désormais entre les propositions de Philippe Gomès et celles de Gaston Flosse, dont on connait la conception autocratique du pouvoir.   

 

En mars 2016, Gaston Flosse a présenté à Tahiti un projet de nouveau statut, qu’il appelle un statut de "Pays Associé" .  

Ce projet de statut prévoit notamment que la Justice devienne locale, que le « Pays » puisse réserver l’emploi et le foncier aux tahitiens, et que, tenez-vous bien, le « Pays » puisse limiter la durée de séjour des fonctionnaires d’Etat, ce qui inclut les juges et les cadres de la Police Nationale, une façon détournée de pouvoir s’en débarrasser s’ils devenaient trop curieux.

 

 

Le projet présenté sur le site du parti politique de Flosse, le Tahoeraa : ICI

 

 

Ce projet a suscité évidemment un rejet très violent par le nouveau parti majoritaire de Edouard Fritch qui l’a commenté ainsi :  

 

Extrait de la Dépêche de Tahiti du 14 Mars 2016  :

 

“De son projet, on retiendra surtout qu’il veut mettre la main sur certaines prérogatives judiciaires, avoir la main sur le limogeage de fonctionnaires d’État ou des procureurs de la République”, commente le parti d’Édouard Fritch. 

 Tout le monde aura compris qu’il ne s’agit pas de préserver les intérêts des Polynésiens mais de régler ses comptes avec tous ceux qui ont mis un coup d’arrêt à sa mégalomanie et à son affairisme. Gaston Flosse n’a pas encore compris que s’il avait été poursuivi, ce n’était pas pour des raisons politiques, mais bien pour ses errances. L’affaire du vol de la vaisselle de la présidence traduit bien la personnalisation d’un pouvoir dont  Gaston Flosse n’a jamais accepté de se départir.”  

 

Le reportage de Polynésie Première sur la réaction négative face au projet Flosse :

http://la1ere.francetvinfo.fr/polynesie/tahiti/gaston-flosse-veut-faire-de-la-polynesie-un-pays-associe-339907.html

 

 

Il est clair que lorsqu’un homme politique local vous parle de prendre le contrôle de la justice du pays on doit commencer à très sérieusement s’inquiéter, parce que cela lui donnera la possibilité de renforcer sa mainmise en toute impunité.   

 

Il en est de même pour le crédit. En sortant du cadre réglementaire Français, on s‘offre immédiatement la possibilité de ne plus avoir à appliquer les règles françaises actuellement en vigueur en matière de lutte contre l’argent sale, avec les procédures TRACFIN.   

 

Ne soyons donc pas dupes :   

Transférer le Crédit et la Justice, ce n’est évidemment pas fait pour améliorer la qualité ou l’indépendance de notre justice ou la qualité de notre système bancaire et l’accès au crédit.   

En revanche, c’est la voie idéale pour avoir politiquement toutes les cartes en main pour créer sous prétexte de faire la paix avec les indépendantistes, un petit Panama dans le Pacifique, où tout sera possible au pouvoir politique local, en toute impunité.   

 

Les Calédoniens ont donc désormais deux dangers dont ils doivent se méfier : l’indépendance kanake socialiste, mais aussi la tentation de la République bananière voulue par certains non-indépendantistes avides de toujours plus de pouvoir

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