Les enseignements politiques de 2018

Malgré un corps électoral qui exclut des dizaines de milliers d’habitants durablement installés, calibré pour favoriser l’inscription des personnes de statut coutumier kanak, c’est une majorité sans appel qui s’est prononcée le 4 novembre contre l’indépendance, par 56,67% contre 43,33%.

 


C’est certes loin des 70% annoncés à tort par les instituts de sondage, ce qui a suscité une déception dans le camp des vainqueurs et un sentiment de victoire relative chez les vaincus, mais il ne s’agit pas d’une victoire « fragile ».


En dépit des forfanteries du camp indépendantiste, l’écart de 18.000 voix n’est pas rattrapable car le réservoir d’abstentionnistes du grand Nouméa seul, de 17.000 électeurs, est supérieur à celui des zones à majorité indépendantiste, 9000 aux Iles et 5000 dans le Nord. Et ceux qui ont voté NON en 2018 n’ont pas de raison de changer d’avis plus tard. Les projections démographiques par communauté ne permettront pas de renverser le rapport de force dans les années qui viennent, d’autant que tous les natifs, y compris ceux enfants d’exclus, peuvent voter aux référendums.


La majorité loyaliste n’a donc aucune raison de douter de sa capacité à gagner les prochains référendums si aucune solution alternative n’est trouvée d’ici là.

 



Le projet indépendantiste est incapable de représenter une alternative qui rassemble au-delà de la communauté mélanésienne et seul le maintien dans la France représente une garantie de destin commun réussi.


Au fil de la campagne, même si le FLNKS a essayé de cacher certains aspects de son projet politique, et mis en avant des « non-kanaks » de service comme faire valoir, les cartes ont été dévoilées : le projet officiel du FLNKS prévoit bien une société basée sur des discriminations ethniques.

 

Notamment avec la création d’un Congrès composé à parts égales d’élus du peuple et de sénateurs coutumiers, pour élire le président de Kanaky et réviser la constitution, donc ouvrir la voix à toutes sortes de règles ethniques pour l’emploi, la propriété, l’accès aux prestation sociales.


 Il ne s’agit  pas d’un projet qui rassemble mais d’un projet de revanche, qui divise et qui porte en lui les germes de tensions ethniques graves s’il devait aboutir.

La radicalisation du discours des dirigeants FLNKS, UC et PALIKA confondus, avec un retour à la surenchère verbale d’il y a trente ans, montre aussi une incapacité à dépasser le raisonnement communautariste.
Au dernier Comité des Signataires, lors des échanges sur le dégel incontournable à terme du corps électoral, le FLNKS n’a su qu’opposer la menace d’un retour aux violences, ce qui achève de dissiper les illusions qui pouvaient subsister sur sa capacité à porter un projet pour tous les habitants de Nouvelle-Calédonie.


A contrario puisque le camp du NON arrive depuis trente ans à réunir l’ensemble des « non-kanaks » autour de l’attachement à la République Française, les Loyalistes ont la responsabilité de ne pas tomber dans le piège d’un clivage ethnique.
D’autant que si une majorité des mélanésiens ont voté de façon identitaire, la mobilisation n’a pas été la même entre le Nord, mobilisé pleinement, et les quartiers sociaux et les Iles, où le NON à l’indépendance a pris la forme d’une abstention forte. Signe que tout en voulant préserver les liens familiaux et claniques, une partie des mélanésiens ont intégré les conséquences dramatiques de l’indépendance et l’absence de réponses claires sur la pérennité des acquis sociaux, et ont préféré rester à la maison le jour du vote pour échapper aux pressions.

 

Depuis le 4 novembre les Calédoniens ont pris conscience que malgré 30 ans de rééquilibrage, malgré la générosité de la clé de répartition, malgré les cadeaux politiques des uns et des autres, comme le gel donné par l’Avenir Ensemble en 2007, le lever de drapeau Kanaky en 2010, le monde indépendantiste n’est prêt à aucune concession, aucune contrepartie.


Les concessions unilatérales depuis 14 ans, gel du corps électoral, lever du drapeau kanaky, collusion de partis loyalistes avec le FLNKS, ont eu pour résultat d’affaiblir le camp de la France et de renforcer le camp indépendantiste.  Il faut en tirer les leçons.

 

 


Le problème de fond pour le camp de la France, ce ne sont pas les indépendantistes, mais ceux qui au sein même de notre camp dérivent vers un séparatisme comme à Calédonie Ensemble devenu “nationaliste”.


Toutes les avancées majeures des indépendantistes, gel du corps électoral en 2007, lever du drapeau Kanaky en 2010, sont survenues dans le cadre d’une alliance entre le FLNKS et un parti loyaliste qui a sacrifié le long terme à un coup politique de court terme contre son concurrent : Avenir Ensemble contre Rassemblement en 2007, Rassemblement contre Calédonie Ensemble en 2010.


Actuellement, malgré une majorité d’élus non-indépendantistes au Congrès, 29 contre 25 indépendantistes, c’est une alliance CE-FLNKS qui se partage le pouvoir depuis avril 2015, et le deal entre Philippe Gomès, le PALIKA et l’UC.


Le prix à payer pour Philippe Gomès pour avoir obtenu de placer ses pions au Gouvernement et de dérouler sa feuille de route nationaliste  (assumée ouvertement après les législatives de 2017) c’est d’être régulièrement otage de ses alliés indépendantistes sur certains enjeux, comme la Santé, ou la stratégie minière, et d’avoir à acheter le soutien par des largesses financières répétées envers la Province Nord et la SMSP.


Bien qu’il se pose en homme de dialogue dans sa communication, Philippe Gomès joue cavalier seul avec les indépendantistes et ne cherche aucune coordination avec les autres non-indépendantistes.
 La plate-forme de 2017, qui n’aura pas tenu un an, n’aura servi qu’à “dealer” Députés contre Sénateurs, et les conflits d’intérêts sont vite réapparus.


La « Charte des Valeurs » qui devait quant à elle constituer le socle du projet politique Gomésien pour la suite est carrément tombée aux oubliettes face au projet ultra-communautariste du FLNKS, largement repris de celui de l’UC, qui par la voix de Roch Wamytan a de toute façon nié avoir signé la Charte.


Calédonie Ensemble a fait campagne pour le NON à l’indépendance, mais la dérive nationaliste du discours montre la volonté de s’entendre avec Paul Néaoutyine pour avancer vers une indépendance en pente douce en transférant petit à petit les compétences de l’Etat. Philippe Gomès a clairement annoncé la couleur : il voulait déjà contrôler la SLN, il veut désormais prendre la main sur la Monnaie et donc les Banques, mettre son grain de sel dans la Défense, mais aussi « Calédoniser » la Justice et les avocats, et récupérer la Police (il ne l’a pas dit publiquement mais bel et bien écrit en interne du parti).


On ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre le parcours politique de Maurice Lenormand à l’époque et celui de Philippe Gomès.
Tous deux arrivés de l’extérieur, en conflit avec les vieilles familles locales, désireux de se constituer une base électorale large en fédérant électeurs blancs et mélanésiens, désireux de récupérer les compétences de l’Etat.
 Et au final victimes de la même erreur de jugement en ayant cru être ceux qui tiraient les ficelles pour finalement devenir les marionnettes de la revendication indépendantiste.
Dans ses mémoires Jean Lèques dit sa certitude que Maurice Lenormand voulait l’indépendance dès le début, mais qu’il n’osait pas le dire parce que cela l’aurait coupé de ses électeurs.
A force, en passant en revue les actes, soutien du gel, connivence avec le PALIKA, lutte contre les autres non-indépendantistes, feuille de route pour récupérer des compétences régaliennes, on peut penser que le parallèle finira par devenir total.

 



Le dernier enseignement, et le plus important, c’est donc que la majorité qui veut que la Nouvelle-Calédonie reste Française, et ce sans compter les dizaines de milliers d’habitants exclus du vote, ne doit pas se laisser voler sa victoire au référendum et le sens de son vote pour le maintien DANS la France.
 
La majorité attachée à la France ne doit pas se laisser berner par ceux qui comme à Calédonie Ensemble sont déjà résolus à pratiquer un double jeu et s’allier aux indépendantistes pour négocier une "souveraineté partagée",  une simple étape vers l'indépendance-association.


Il est essentiel que les électeurs loyalistes fassent dès 2019 le ménage parmi les partis non-indépendantistes et confient la légitimité des urnes à ceux qui sauront rester fidèles à leurs engagements pour un maintien de la Nouvelle-Calédonie ni avec, ni à côté, mais DANS la France.

 

 

 

Philippe Blaise

Président du MRC

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